Carnet de bord 2020, semaine 39 27 septembre 2020 – Publié dans : Notre actualité – Mots-clés : , , , , , ,

publie.net, le feuilleton (que le monde du livre nous envie) à retrouver chaque semaine, par GV.

lundi

Comme je n'ai pas eu (ou pris) le temps aujourd'hui d'écrire le carnet de bord, un extrait du dernier livre de Chloé Delaume, Le cœur synthétique, qui en dit long sur les coulisses de l'édition et de la vie d'auteur (on pourrait être tenté de lire ça comme une parodie mais bien souvent même pas). Ici, portrait du jeune homme en auteur contemporain de salon :

Adélaïde entraîne Bastien dans son enclos à signatures. Le dispositif est immuable, l’auteur coincé derrière sa table attend le client autant qu’il le redoute. L’écrivain est captif, assis face à des gens qui eux se tiennent debout. Un peu comme à l’école, il ne peut faire qu’écouter. Moins l’auteur est connu, plus il doit écouter. Des gens viennent à lui juste pour passer le temps et se venger de leur vie. Ainsi Bastien entend : Votre voisin a du monde et vous vous ne vendez rien, alors je vous en prends un, c’est ma BA de la semaine. Et : C’est pas gai, votre livre, ça ne peut pas faire envie. Et aussi : Vous touchez combien par bouquin ? Tenez, deux euros, mais gardez le livre.

Adélaïde récupère Bastien dans un état proche de l’Ohio, ce qui ne l’arrange pas tellement, la rencontre, intitulée Des maux aux mots, a lieu dans un quart d’heure. Sous la langue de Bastien fond une barrette de Lexomil. Il partage le plateau avec Clara Stein, une jeune autrice bipolaire qui raconte avec humour son internement dans Zinzinland, une autofiction de quatre cents pages. Le modérateur est sous son charme et Clara est en phase maniaque, ce qui la rend plus que volubile. Bastien répond par oui ou non et n’a pas très envie de paraphraser son livre. Surtout pas le chapitre où il saute dans la Seine.

mardi

Entre deux textes (celui de l'article pour la parution de Sœur(s) à paraître demain, celui de la lettre d'info et du mailing qui partira à l'attention des libraires, toujours demain, je me mélange les pinceaux et je crois avoir mis dans l'un ce que j'ai en réalité mis dans l'autre ; pas grave, c'est un puzzle. C'est un puzzle, et je répète à tous mes interlocuteurs ou trices téléphoniques du matin la phrase : on sera peut-être interrompu, j'attends un livreur pour une livraison (logique), sauf que non, elle n'interviendra que plus tard, cette livraison, alors est-ce que ça me fait passer pour un menteur ? Un menteur, un petit peu : j'allais écrire que nous reprenions attentivement les épreuves de Je suis J'ai été Robert Smith, ce qui est vrai, mais enfin ça remonte plutôt à la semaine dernière, sauf que ça ne rentrait pas dans le carnet de cette semaine (parfois il faut que ça rentre) et que je jongle avec la temporalité pour le déplacer là.

 

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De fait, la couverture rend très bien, ainsi que les images intérieures rythmant la progression des chapitres. Il est question de couleur de dos (mais pas celui de Robert Smith, ni celui de Daniel Bourrion l'auteur, ni celui de Philippe Castelneau directeur de collection, en bref le dos de personne mais le dos quand même : le dos du livre), de pistes presse, de 56k et de bonus track.

mercredi

Chaque fois qu'un problème se pose lorsque nous déposons des visuels sur le FTP d'Hachette pour le traitement automatique des visuels (en gros, déposer un fichier de couverture pour que la machine le redistribue dans le flux dans différents formats et différentes qualités) on reçoit un mail automatique avec rapport en txt. Ces derniers temps, on en reçoit pour des livres qui ne sont pas nos livres. Ce matin, Yoga d'Emmanuel Carrère. Une façon pour POL de nous appeler à l'aide, ne parvenant pas à suivre le rythme de la demande ? Sans doute. Mais je l'ai sans doute appelé de mes vœux lorsque j'ai dit hier maladroitement la phrase j'aimerais vraiment qu'on facture sur septembre, ça m'arrangerait, qui est une horreur capitaliste quand on y pense. Et j'y pense. J'y pense d'autant plus que voici revenir le moment du rapport du mois précédent (comique de répétition) ! Occasion de vérifier que mon tableur gère mal le négatif dans la construction des graphiques. Par exemple, si on s'en tient à celui-là, on a le sentiment qu'Amazon a vendu à peu près autant de nos livres que les librairies indé ce mois-ci :

Or en réalité, pas du tout. Les valeurs concernées pour Amazon ne sont pas en positif mais en négatif. Comprendre donc qu'Amazon nous a retourné grosso modo autant en valeur que ce que nous avons vendu en librairie indépendante en parallèle (de quoi illuminer notre été). Il faut donc se méfier des images, des graphiques, des statistiques, dont il convient de dire qu'on leur fait dire ce qu'on veut. Mais en réalité, il faut doublement s'en méfier, car cette image qui était fausse au début et vraie par la suite doit elle aussi être recontextualisée : entre janvier et juillet, Amazon ne nous avait fait aucun retour. Ce sont les premiers en 2020. Ils sont certes massifs, mais moins importants que les retours 2019 sur les huit premiers mois de l'année. Il faut donc savoir prendre du recul et ne pas tomber dans le piège de la représentation. Une chose en revanche : il n'y a qu'Amazon pour nous faire un retour de son stock sur un titre le lundi (or donc le détruire), et faire ensuite un réassort le vendredi pour approvisionner une commande client (comprendre là encore le réimprimer). Et ça, ça rend dingue.

jeudi

D'autres choses qui rendent dingues. Pour commencer la phrase d'un ministre de la santé lors d'un point presse, suffisamment importante pour être incluse en citation dans le live d'un quotidien parisien appartenant à Bernard Arnault : Nous entrons dans une période où il est nécessaire que chacun mesure où nous en sommes. Si avec ça vous n'êtes pas plus avancé qu'au début, je ne sais pas ce qu'il vous faut (eh bien je ne sais pas ce qu'il vous faut). La restriction des 1000 personnes max pour un évènement, c'est 1000 au même moment ou en cumulé ? C'est quoi légalement une fête locale ? Pourquoi risque-t-on plus la propagation du virus à 22h01 qu'à 21h59 ? L'espace public est-il à considérer comme un espace qui accueille du public ou comme un lieu public ? Nous entrons dans une période où il est nécessaire que chacun mesure où nous en sommes. En fait, ça marche avec tout : avez-vous pu jeter un œil à mon manuscrit ? Nous entrons dans une période où il est nécessaire que chacun mesure où nous en sommes. Que penser de la rentrée littéraire cette année (et toutes les autres) ? Nous entrons dans une période où il est nécessaire que chacun mesure où nous en sommes. Pourquoi lit-on partout que Yoga est la star incontestée de la rentrée littéraire dans la mesure où, dans les classements, le livre de recettes de Cyril Lignac (true story) vend plus que lui ? Nous entrons dans une période où il est nécessaire que chacun mesure où nous en sommes. Voilà, c'est magique. Ça ne nous en apprend pas plus sur quoi que ce soit, ça ne redore pas forcément l'image de personne, mais enfin ça nous permet de nous tirer de n'importe quelle situation ni vu ni connu. Quand soudain une alerte me dit : tel Juliette. Ce qui est bizarre, car j'ai déjà eu Juliette (Mézenc) au téléphone mardi, et qu'on n'a pas prévu de se rappeler cette semaine. J'y suis : si ce n'est pas Juliette, c'est que c'est donc Juliette. Il y a d'autres Juliette. Et me revoilà quant à moi situé dans mon calendrier. C'est une semaine Juliette, voilà tout. Ça arrive. Ce qui arrive également ? Le catalogue 2021 (à consommer sans modération) :

 

vendredi

Aujourd'hui, c'est valise. Livres dans une valises mis, empilés via un édifice improbable de blocs (boites en plastique les unes sur les autres sous des sangles croisées, non-papillons : trois), lesquels contiennent donc des livres (nombre de Présents présents : 30, mais pas que), mais aussi des catalogues passés (comprendre donc présents) et présents (comprendre donc futurs). Tout va bien. On y arrive. Les trains précédents notre train ont trois heures de retard : tout va bien, le nôtre pas. Et puis derrière c'est (donc) valise dans Paris : roulant derrière moi ou moi devant elle (ou le contraire aussi) : check. Pluie aussi : check la pluie. Un improbable dédale policiers et journalistiques dû à l'actualité récente : check aussi, on a failli se perdre où c'était juste impossible de se perdre (ne pas nous sous-estimer là-dessus). Un peu avant, au centre Pompidou et sortant de l'exposition Extra pour voir la salle consacrée au Journal du brise-lames (yeah !), un texto me parlant d'une attaque (quelle attaque ?), on vit donc hors du monde. On n'a même pas ouvert Twitter. Je sais pas si on se rend compte (moi oui). Avant encore, c'était un rendez-vous avec une autrice pour un livre à venir : à toutes ses questions sur des trucs très concrets, je répondrai des trucs bien abstraits. Quand il est question d'écriture, je ne peux pas (trop) m'immiscer. Si on me demande, dans quelle direction partir dans telle partie, je ne peux pas répondre X ou Y. Je veux dire : je ne peux pas dire, fais ci plutôt, ou bien fait ça. Ce que je peux : si tu optes pour ci, voilà ce que ça peut signifier. Si tu optes pour ça, voici comment on peut, nous lecteurs, le recevoir. J'ai l'impression que c'est une déception pour elle. Peut-être qu'on se trompe ? Ne vivant plus à Paris je m'arrange quand je rentre à Paris pour grouper ce que j'y fais pour, pardon d'avance, rentabiliser le déplacement. Ce soir au festival Extra : Chloé Delaume, ce qui aurait du sens dans le cadre de la cohérence du carnet. Mais moi je suis là pour de tout autres Présents, suite à l'impossibilité des Mots à la bouche d'en tenir le lancement dû à la situation que l'on sait. Ce sera donc plutôt un moment privé. Une rencontre en petit comité. Quelque chose de simple, convivial. Et c'était bien. On me dit : à un moment donné, le vin aidera à oublier le contexte sanitaire. Ne buvant pas de vin, les ventes joueront ce rôle pour moi.

samedi

Pendant ce temps, plus au sud, du côté de Montpellier, c'est What a trip ! Et la Machine ronde y tourne. Grand merci à Sauramps pour cette virée avec nos livres (et à Philippe Castelneau pour la photo).