Sanguines | Gabriel Franck

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(Extrait)

Je ne sais pas, disait Janvier à Joseph Sang qui marchait à ses côtés, je ne sais pas. Voilà la phrase que je me suis répétée si longtemps lorsqu’il me prenait d’essayer de comprendre ce qui était arrivé. J’étais jusque-là tout à fait installé, du moins j’avais une place, des amis et des réservations, mon nom pouvait se retrouver sur des listes et des formulaires, des abonnements témoignaient en toute objectivité, et mois après mois, de la marche de mon existence. Je remplissais des cartons périodiquement et les choses avaient l’air d’avancer d’elles-mêmes, comme un serpentin qu’on déroule sans y penser. Mais voilà que par un après-midi d’automne, sous un ciel de papier chiffon composé comme le tableau d’un champ de bataille, on m’apprit la disparition de ma sœur, morte le matin même. Elle s’était repliée comme une fleur qui sècherait d’un coup. Au moment fatal et l’ignorant encore, je me trouvai passant précisément devant un square où elle avait ses habitudes, me surprenant à tourner la tête pour voir si je n’allais pas l’apercevoir se diriger vers moi de son pied ferme, le champ de vision piqué par les vêtements clairs des femmes qui promenaient leurs enfants sous l’indulgence inattendue des nuages. Je venais donc de perdre la seule personne à laquelle j’étais lié par la bouche qui parle et qui endure — nous nous confiions quelquefois au téléphone afin de démêler nos dimanches de peine —, je ne me sentais jamais totalement seul dès lors que j’avais moyen d’entendre son rire brillant allant comme l’eau dans la gorge sèche. Jamais cinq heures de l’après-midi pour moi ne résonnera pareil après ce jour, ce jour qui d’une certaine manière ne devait jamais finir et restera à jamais comme inachevé, ininterrompu.

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Gabriel Franck habite Paris. — A appris à lire sur les panneaux de signalisation des villes, sur les onglets alphabétiques d’un répertoire de téléphone. Tout devint alors à déchiffrer. Depuis, l’écriture se sera révélée comme une composition, faite de messages aux coordonnées incertaines, sans intentions nettes, si ce n’est un certain trouble du discours. — Passage par de nombreuses et désertes salles de lecture, chambres, salles obscures ; c’était au temps d’un monde clos le plus souvent sur lui-même, à sonder les murs en tâtonnant. C’est une expérience qui reste : il fallait fuir par l’intérieur. — Saisi par la fiction et l’écriture, d’un seul coup, un matin lointain, sur l’impulsion d’un incipit tracé de la main d’un autre. — Cultive une passion étrange et tenace pour les trench-coats et autres vêtements de pluie, pour la prise de notes, la porcelaine, les sons qui se détachent dans les environnements silencieux, les arrondissements fantômes. Alors marche, et attend. — A écrit récemment une comédie plus ou moins drôle pour le théâtre ; en écrit une autre, plus ou moins drôle aussi. — Aime se confier à de complets inconnus, à des listes, incomplètes. — Hésite entre tout dire et ne rien dire. — Écrit, souvent la nuit, des proses, des nouvelles et autres textes sans identités fixes qui aboutissent, parfois, sur http://gabrielsf.net.